J'étais chez un ami, l'autre soir, et nous discutions tranquillement autour d'une bière.
Il me demande ce que je veux écouter en me proposant un très grand éventail de musique téléchargée, dont plusieurs groupes que je ne connais pas -...encore.
«-Malheureusement, je ne possède pas encore d'album d'eux...
-Ah! C'est vrai, toi, tu achètes ta musique!»
Ça reste en suspens. En marchant vers chez nous, un peu plus tard, je réfléchis. Pourquoi ne télécharge-je pas de musique? Pourquoi Limewire n'a-t-il pas servi sur mon ordinateur depuis des années? Il est vrai que ça semble intéressant d'avoir une aussi vaste sélection de groupes et de chansons, de découvrir des formations en quelques clics, et ce tout à fait gratuitement. Pourtant, quelque chose me chicote. Je n'ai aucune envie de voler de la musique. Et quand un quelconque "pirate" me demande pourquoi, je ne sais pas. On me dit que j'enrichis bien plus la compagnie de disques que j'encourage l'artiste. On me lance que les musiciens sont déjà riches ou que ça ne vaut pas la peine de les graisser plus. On m'assure que lorsqu'il s'agit de groupes québécois, à ce moment-là, ils préfèrent payer. D'accord...
Mais ce n'est même pas la question. J'ai cru longtemps que j'achetais la musique pour encourager les artisans du son, mais ce n'est qu'un effet secondaire. En fait, payer pour la musique, c'est faire durer le plaisir. C'est profiter de chaque chanson et de chaque album comme il se doit. Acheter un album, c'est un genre de rituel initiatique. Tu commences par te faire parler d'un groupe et de ses classiques, tu en écoutes un peu chez tes amis, sur le site internet du groupe ou tu vois une performance en spectacle d'un de leur chefs-d'oeuvre sur Youtube. Tu accroches. Tu prends 20 dollars, et tu files chez le disquaire. En revenant, dans l'autobus, tu débales lentement, mais sûrement, l'opus que tu viens de te procurer. Tu lis patiemment le feuillet à l'intérieur, regardes les images et l'oeuvre plastique réalisée par le graphiste du groupe. Fébrilité. Hâte. Arrivé chez toi, tu insères le disque dans le lecteur; il s'agit de son baptême, de son initiation. Ton baptême, ton initiation. Tu peux même pousser l'expérience plus loin et aller lire sur le net une description ou une critique de l'album, tout en l'écoutant. Tu t'y immerges. Tu portes attention à chaque note de chaque chanson, tu vérifies le nom de l'excellente piste que tu écoutes et que tu réécouteras bientôt. Tu sais maintenant que ton album est bon. Tu sais quelle partie du disque tu veux faire connaître à ton frère ou à ton meilleur ami. Tu connais le CD au complet, son histoire, son but, son concept, son son, etc. Tu en as profité au maximum. Tu as obtenu le plus de bonheur possible avec cette musique. Et ça ne fait que commencer, car tu es prêt à le réentendre n'importe quand. Tu as hâte.
***
À la place, je pourrais télécharger la discographie du groupe. Paf. D'un coup. J'ai tout. Tout, mais pas les pochettes, les livrets, les disques, le discaire, le trajet d'autobus, le baptême. Et je ne pourrai pas écouter tout d'un coup. Voire pas tout écouter du tout. Je vais essayer une chanson ici et là, aimer, mais sans m'immerger complètement. Je vais me lasser avant longtemps, découragé par la tâche titanesque que constiste l'écoute de la discographie complète. Et je vais sauter à un autre groupe. Je ne saurai pas quelle est ma chanson préférée dans tel ou tel album.
Posséder l'oeuvre complète d'un groupe de musique qu'on aime, c'est un idéal, un but. Et le plus plaisant, c'est le chemin pour l'atteindre. C'est un peu comme un jeu vidéo: une fois terminé, tu t'en lasses vite. Et comme dans le jeu vidéo, les gens peuvent tricher pour arriver plus vite à la fin.
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mardi 13 octobre 2009
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Je suis totalement d'accord avec toi mon Étienne ! Quand j'achète un cd, je ne peux pas décrire quelle est la sentation que je ressens, c'est indescriptible. Je trouve que tu as bien expliqué comment je me sens (et que tu dois sentir) lors d'un tel achat. Beau travail mec j'ai adoré !
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