jeudi 12 novembre 2009

Les fumeurs (Chronique)

Il m'arrive souvent de passer la soirée dans ma cuisine à jaser avec mon colocataire et sa copine autour d'une bière. Depuis quelques semaines, je tends à observer leur comportement. Leur comportement de fumeur. Je dois avouer qu'à la lumière de tout ça, ils ont un avantage indéniable sur moi: ils peuvent, à tout moment, prendre congé de moi pour se retrouver seuls et moi seul. «Est-ce qu'on va fumer, mon amour?» Elle lui dit ça avec des beaux grands yeux invitants. L'été, ils s'en vont sur le balcon, y restent pendant quinze ou vingt minutes. L'hiver, ils se barricadent dans leur chambre, allument la télé et leurs petits «batonnets de cancer», y restent une vingtaine de minutes. Et la plupart du temps, dans un cas comme dans l'autre, ils ne reviennent que pour dire: «On va se coucher!» Lorsqu'il y a plus de gens chez nous, c'est la même chose, sauf que le club-sélect des fumeurs est plus populeux. Ce club, c'est un peu comme les Chevaliers de Colomb ou les Francs-Maçons, ils ont leurs réunions privées, leur poignée de main ou leur signe distinctif (le paquet de cigarettes ou le briquet), ont une certaine complicité et sont toujours prêts à s'aider dans le besoin («T'aurais pas une top, man?»). Ce sont eux qui ont le gros bout du bâton: ils décident toujours quand ils font leurs réunions privées; si on veut les suivre, on doit se plier à leur horaire. Cette secte est tellement reconnue que les employeurs permettent même à leurs travailleurs d'aller «prier» pendant leur quart. Moi aussi, j'aimerais ça, prendre l'air à toutes les heures... Il y a vraiment une démarcation entre les fumeurs et les non-fumeurs, et ça paraît encore plus quand on a un petit balcon. L'espace est restreint et la priorité va à ceux qui boucanent. Et en plus, ça pue, ça repousse les autres. Alors on se retrouve toujours à faire nous aussi nos petites réunions «privées» dans le salon, uniquement quand les fumeurs décident de faire la leur.

«Qui est-ce qui vient fumer avec moi?»

Il est assez rare de voir un fumeur refuser une telle offre, car il est trop solidaire. Car il sait que celui qui a convoqué la réunion a quelque chose à dire. Et les non-fumeurs, on reste là, pris par surprise, sans ordre du jour, sans le procès-verbal de la réunion précédente, sans président d'assemblée, sans secrétaire. On balbutie quelques mots, on échafaude deux ou trois idées, on converse tant bien que mal, puis on les voit revenir. Ils ont déjà prévu ce qu'on allait faire vendredi pendant qu'ils étaient seuls au dehors. Ça nous semble honnête et on accepte.

«Pourquoi tu fumes? C'est pas bon pour ta santé puis tu le sais très bien!»

Complications cardio-vasculaires.
Cancers.
Bronchites.
Tousser en montant les marches.
Troubles d'ordre sexuel.
Perdre la capacité de courir plus de cinq minutes.

Ça, on dit ça quand on est seul avec un fumeur. Et on est tellement énervants, en plus. On pourrait bien leur sacrer la paix, c'est leur choix. Mais à part dire qu'il se fout des complications médicales, le fumeur ne peut pas vraiment contredire les avertissement de Santé Canada qui occupent le quart de toute la surface de son paquet de cigarettes. On sait bien qu'il s'en fout, qu'il ne veut pas les reconnaître, qu'il va mourir de toute façon... Mais il ne nous avouera pas que fumer, c'est pas médical, c'est social. Non, il ne nous l'avouera pas.


597 mots

dimanche 8 novembre 2009

Je marche... (PAS une chronique)

Bonsoir! Ceci n'est effectivement pas ma dernière chronique, ni même une chronique tout court. Je n'ai aucune idée de ce que c'est, en fait, mais si jamais quelqu'un venait à passer sur mon blog, je trouverais intéressant le fait qu'il lise ça. Alors voilà, éventuel lecteur, ce que tu auras parcourir des yeux au cours des quelques prochaines minutes: ça s'appelle Je marche.

Je suis sur l'Avenue du Séminaire, à l'université, et je vois le A&W.

«Monsieur, ici on vend des burgers, on ne les donne pas.
-Oui, mais j'ai faim! J'ai faim! Comprennez-vous ça?»

Je marche, il fait froid. Je reviens de Longueuil. Je suis allé souper chez les grand-parents de ma copine Raphaëlle à l'occasion de la fête des gens de sa famille nés en Novembre (Frédérique, Suzanne et François (le grand)). On a mangé de la quiche (il y en avait trois grosses), des fromages fins (quatre différents), des viandes de charcuterie (cinq sortes) avec du bon pain baguette frais, des légumes variés et deux salades. On a bu de la bière (de la Heinekein), du mousseux puis du vin. «J'ai bien mangé, j'ai bien bu, j'ai la peau du ventre bien tendue!» On chantait ça au camp Portneuf. J'allais exploser. «Il te reste de la place pour le dessert, j'espère?» On a dégusté le gâteau aux noix avec le glaçage au café et le gâteau double chocolat. On a fait passer le tout avec un bon verre de lait 3,25%. Ensuite, on m'a reconduit au métro de Longueuil pour que je prenne mon lift d'Allo-Stop. J'ai attendu trois ou quatre minutes ledit «Éric» puis j'ai enfin vu apparaître sa «Nissan Maxima 2009 gris charbon». Je me dirigeais vers la voiture quand je me suis rappelé ma profonde envie de dormir. J'ai attendu que le gars derrière moi me dépasse pour qu'il soit le premier à entrer dans l'auto et qu'il soit donc obligé de prendre le siège du passager. Échec, au fait: je me suis retrouvé en avant à dormir dans la face du chauffeur (mais les autres n'étaient pas bien mieux, on doit le dire...). Mais pour somnoler, quelles conditions! Sièges en cuir, chauffage parfaitement réglé, espace pour les pieds à perpétuité, siège réglable électriquement, radio satellite jazz, doux roulement des pneus d'hiver neufs sur la chaussée étouffé par l'isolation incroyable de la voiture... J'ouvre les yeux: Beloeil... J'ouvre les yeux: Drummond... J'ouvre les yeux: Chemin St-Louis? Boulevard Laurier? Ben oui! Québec! On est arrivés. Je débarque, ramasse mon sac et paie le chauffeur avec mes 13 derniers dollars. Pas de billet de bus. Pas de monnaie, pas d'argent. Je marche. Il fait froid, maintenant, hors de la Maxima de luxe. J'en ai pour 45 minutes, au moins... Je croise quelques bus. Je regarde les chauffeurs, souriants, silencieux, l'air sympathique ou pas. Mais il y a une constante: aucun d'entre eux ne me laissera monter à bord.

«C'est pas moi qui décide du prix d'entrée dans l'autobus! 2,60$ ou c'est dehors!
-Oui, mais j'ai froid! J'ai froid, comprennez-vous ça?»

Je vois quelques commerces encore ouverts. Là non plus, je ne serai personne. Je suis pauvre et inutile. Je marche résigné vers chez moi. Le A&W. Je m'imagine n'avoir pas mangé depuis des jours, dormant depuis quelques nuits sur un banc aller leur demander un unique burger.
...
La paye est dans 11 jours.







Épilogue

J'arrive chez nous: mon coloc Franck a fait l'épicerie.