Il m'arrive souvent de passer la soirée dans ma cuisine à jaser avec mon colocataire et sa copine autour d'une bière. Depuis quelques semaines, je tends à observer leur comportement. Leur comportement de fumeur. Je dois avouer qu'à la lumière de tout ça, ils ont un avantage indéniable sur moi: ils peuvent, à tout moment, prendre congé de moi pour se retrouver seuls et moi seul. «Est-ce qu'on va fumer, mon amour?» Elle lui dit ça avec des beaux grands yeux invitants. L'été, ils s'en vont sur le balcon, y restent pendant quinze ou vingt minutes. L'hiver, ils se barricadent dans leur chambre, allument la télé et leurs petits «batonnets de cancer», y restent une vingtaine de minutes. Et la plupart du temps, dans un cas comme dans l'autre, ils ne reviennent que pour dire: «On va se coucher!» Lorsqu'il y a plus de gens chez nous, c'est la même chose, sauf que le club-sélect des fumeurs est plus populeux. Ce club, c'est un peu comme les Chevaliers de Colomb ou les Francs-Maçons, ils ont leurs réunions privées, leur poignée de main ou leur signe distinctif (le paquet de cigarettes ou le briquet), ont une certaine complicité et sont toujours prêts à s'aider dans le besoin («T'aurais pas une top, man?»). Ce sont eux qui ont le gros bout du bâton: ils décident toujours quand ils font leurs réunions privées; si on veut les suivre, on doit se plier à leur horaire. Cette secte est tellement reconnue que les employeurs permettent même à leurs travailleurs d'aller «prier» pendant leur quart. Moi aussi, j'aimerais ça, prendre l'air à toutes les heures... Il y a vraiment une démarcation entre les fumeurs et les non-fumeurs, et ça paraît encore plus quand on a un petit balcon. L'espace est restreint et la priorité va à ceux qui boucanent. Et en plus, ça pue, ça repousse les autres. Alors on se retrouve toujours à faire nous aussi nos petites réunions «privées» dans le salon, uniquement quand les fumeurs décident de faire la leur.
«Qui est-ce qui vient fumer avec moi?»
Il est assez rare de voir un fumeur refuser une telle offre, car il est trop solidaire. Car il sait que celui qui a convoqué la réunion a quelque chose à dire. Et les non-fumeurs, on reste là, pris par surprise, sans ordre du jour, sans le procès-verbal de la réunion précédente, sans président d'assemblée, sans secrétaire. On balbutie quelques mots, on échafaude deux ou trois idées, on converse tant bien que mal, puis on les voit revenir. Ils ont déjà prévu ce qu'on allait faire vendredi pendant qu'ils étaient seuls au dehors. Ça nous semble honnête et on accepte.
«Pourquoi tu fumes? C'est pas bon pour ta santé puis tu le sais très bien!»
Complications cardio-vasculaires.
Cancers.
Bronchites.
Tousser en montant les marches.
Troubles d'ordre sexuel.
Perdre la capacité de courir plus de cinq minutes.
Ça, on dit ça quand on est seul avec un fumeur. Et on est tellement énervants, en plus. On pourrait bien leur sacrer la paix, c'est leur choix. Mais à part dire qu'il se fout des complications médicales, le fumeur ne peut pas vraiment contredire les avertissement de Santé Canada qui occupent le quart de toute la surface de son paquet de cigarettes. On sait bien qu'il s'en fout, qu'il ne veut pas les reconnaître, qu'il va mourir de toute façon... Mais il ne nous avouera pas que fumer, c'est pas médical, c'est social. Non, il ne nous l'avouera pas.
597 mots
jeudi 12 novembre 2009
dimanche 8 novembre 2009
Je marche... (PAS une chronique)
Bonsoir! Ceci n'est effectivement pas ma dernière chronique, ni même une chronique tout court. Je n'ai aucune idée de ce que c'est, en fait, mais si jamais quelqu'un venait à passer sur mon blog, je trouverais intéressant le fait qu'il lise ça. Alors voilà, éventuel lecteur, ce que tu auras parcourir des yeux au cours des quelques prochaines minutes: ça s'appelle Je marche.
Je suis sur l'Avenue du Séminaire, à l'université, et je vois le A&W.
«Monsieur, ici on vend des burgers, on ne les donne pas.
-Oui, mais j'ai faim! J'ai faim! Comprennez-vous ça?»
Je marche, il fait froid. Je reviens de Longueuil. Je suis allé souper chez les grand-parents de ma copine Raphaëlle à l'occasion de la fête des gens de sa famille nés en Novembre (Frédérique, Suzanne et François (le grand)). On a mangé de la quiche (il y en avait trois grosses), des fromages fins (quatre différents), des viandes de charcuterie (cinq sortes) avec du bon pain baguette frais, des légumes variés et deux salades. On a bu de la bière (de la Heinekein), du mousseux puis du vin. «J'ai bien mangé, j'ai bien bu, j'ai la peau du ventre bien tendue!» On chantait ça au camp Portneuf. J'allais exploser. «Il te reste de la place pour le dessert, j'espère?» On a dégusté le gâteau aux noix avec le glaçage au café et le gâteau double chocolat. On a fait passer le tout avec un bon verre de lait 3,25%. Ensuite, on m'a reconduit au métro de Longueuil pour que je prenne mon lift d'Allo-Stop. J'ai attendu trois ou quatre minutes ledit «Éric» puis j'ai enfin vu apparaître sa «Nissan Maxima 2009 gris charbon». Je me dirigeais vers la voiture quand je me suis rappelé ma profonde envie de dormir. J'ai attendu que le gars derrière moi me dépasse pour qu'il soit le premier à entrer dans l'auto et qu'il soit donc obligé de prendre le siège du passager. Échec, au fait: je me suis retrouvé en avant à dormir dans la face du chauffeur (mais les autres n'étaient pas bien mieux, on doit le dire...). Mais pour somnoler, quelles conditions! Sièges en cuir, chauffage parfaitement réglé, espace pour les pieds à perpétuité, siège réglable électriquement, radio satellite jazz, doux roulement des pneus d'hiver neufs sur la chaussée étouffé par l'isolation incroyable de la voiture... J'ouvre les yeux: Beloeil... J'ouvre les yeux: Drummond... J'ouvre les yeux: Chemin St-Louis? Boulevard Laurier? Ben oui! Québec! On est arrivés. Je débarque, ramasse mon sac et paie le chauffeur avec mes 13 derniers dollars. Pas de billet de bus. Pas de monnaie, pas d'argent. Je marche. Il fait froid, maintenant, hors de la Maxima de luxe. J'en ai pour 45 minutes, au moins... Je croise quelques bus. Je regarde les chauffeurs, souriants, silencieux, l'air sympathique ou pas. Mais il y a une constante: aucun d'entre eux ne me laissera monter à bord.
«C'est pas moi qui décide du prix d'entrée dans l'autobus! 2,60$ ou c'est dehors!
-Oui, mais j'ai froid! J'ai froid, comprennez-vous ça?»
Je vois quelques commerces encore ouverts. Là non plus, je ne serai personne. Je suis pauvre et inutile. Je marche résigné vers chez moi. Le A&W. Je m'imagine n'avoir pas mangé depuis des jours, dormant depuis quelques nuits sur un banc aller leur demander un unique burger.
...
La paye est dans 11 jours.
Épilogue
J'arrive chez nous: mon coloc Franck a fait l'épicerie.
Je suis sur l'Avenue du Séminaire, à l'université, et je vois le A&W.
«Monsieur, ici on vend des burgers, on ne les donne pas.
-Oui, mais j'ai faim! J'ai faim! Comprennez-vous ça?»
Je marche, il fait froid. Je reviens de Longueuil. Je suis allé souper chez les grand-parents de ma copine Raphaëlle à l'occasion de la fête des gens de sa famille nés en Novembre (Frédérique, Suzanne et François (le grand)). On a mangé de la quiche (il y en avait trois grosses), des fromages fins (quatre différents), des viandes de charcuterie (cinq sortes) avec du bon pain baguette frais, des légumes variés et deux salades. On a bu de la bière (de la Heinekein), du mousseux puis du vin. «J'ai bien mangé, j'ai bien bu, j'ai la peau du ventre bien tendue!» On chantait ça au camp Portneuf. J'allais exploser. «Il te reste de la place pour le dessert, j'espère?» On a dégusté le gâteau aux noix avec le glaçage au café et le gâteau double chocolat. On a fait passer le tout avec un bon verre de lait 3,25%. Ensuite, on m'a reconduit au métro de Longueuil pour que je prenne mon lift d'Allo-Stop. J'ai attendu trois ou quatre minutes ledit «Éric» puis j'ai enfin vu apparaître sa «Nissan Maxima 2009 gris charbon». Je me dirigeais vers la voiture quand je me suis rappelé ma profonde envie de dormir. J'ai attendu que le gars derrière moi me dépasse pour qu'il soit le premier à entrer dans l'auto et qu'il soit donc obligé de prendre le siège du passager. Échec, au fait: je me suis retrouvé en avant à dormir dans la face du chauffeur (mais les autres n'étaient pas bien mieux, on doit le dire...). Mais pour somnoler, quelles conditions! Sièges en cuir, chauffage parfaitement réglé, espace pour les pieds à perpétuité, siège réglable électriquement, radio satellite jazz, doux roulement des pneus d'hiver neufs sur la chaussée étouffé par l'isolation incroyable de la voiture... J'ouvre les yeux: Beloeil... J'ouvre les yeux: Drummond... J'ouvre les yeux: Chemin St-Louis? Boulevard Laurier? Ben oui! Québec! On est arrivés. Je débarque, ramasse mon sac et paie le chauffeur avec mes 13 derniers dollars. Pas de billet de bus. Pas de monnaie, pas d'argent. Je marche. Il fait froid, maintenant, hors de la Maxima de luxe. J'en ai pour 45 minutes, au moins... Je croise quelques bus. Je regarde les chauffeurs, souriants, silencieux, l'air sympathique ou pas. Mais il y a une constante: aucun d'entre eux ne me laissera monter à bord.
«C'est pas moi qui décide du prix d'entrée dans l'autobus! 2,60$ ou c'est dehors!
-Oui, mais j'ai froid! J'ai froid, comprennez-vous ça?»
Je vois quelques commerces encore ouverts. Là non plus, je ne serai personne. Je suis pauvre et inutile. Je marche résigné vers chez moi. Le A&W. Je m'imagine n'avoir pas mangé depuis des jours, dormant depuis quelques nuits sur un banc aller leur demander un unique burger.
...
La paye est dans 11 jours.
Épilogue
J'arrive chez nous: mon coloc Franck a fait l'épicerie.
mardi 27 octobre 2009
Maudit que j'aime pas ça, les lundis! (Chronique)

«Maudit que j'aime pas ça les lundis!»
Pourquoi est-ce qu'on entend toujours cette rengaine entre 8h et 11h les lundis? Les gens tiennent-ils tant à montrer qu'ils détestent aller à l'école, qu'ils préféreraient être toujours en congé? Parce qu'on doit se l'avouer, c'est le début de la semaine et la fin du mince congé qui s'immisce entre deux périodes d'école (ou de travail) qui nous rend marabout. Pourquoi est-ce que c'est la première chose qu'on dit aux gens: «'Pas facile, ce matin!». On est un peu fiers de le dire, de mentionner qu'on a pas envie d'être là. C'est un peu la convention: on a pas le droit d'aimer le lundi matin.
Et puis, c'est pas si pire, le lundi. Le lundi, tu vois les gens de l'école que tu n'as pas vus pendant la fin de semaine. Le lundi, tu as toujours quelque chose à raconter au monde. C'est aussi le premier pas vers le vendredi... même si c'est un peu poussé comme idée. Le lundi, il y a un 2 pour 1 à La Popessa (si on possède l'Antidote).
Le mardi. Bon... Sans être le lundi, c'est le jour le plus éloigné du prochain lundi. On peut voir ça comme ça. Il y a les «P'tits 2$ du mardi» chez PFK (je crois). Moi, j'ai juste un cours, le mardi, j'aime ça.
Le mercredi. C'est le milieu de la semaine: la moitié de faite! Pour fêter ça, il a les «bucks à une piastre» à la P'tite Grenouille!
Le jeudi. Tu sais que ça achève: demain sera ton exutoire. Tu es content aussi, parce que le jeudi, il y a deux choses qui arrivent. Premièrement, il y a la paye. Toujours une bénédiction, cette paye. Deuxièmement, il y a le Voir. C'est toujours plaisant de lire quelque chose d'autre que les grands journaux. C'est bon, le Voir.
Le vendredi. Là, c'est facile. Douce délivrance, Ô attendu et mérité congé, je t'aime. Comme si je devais pas travailler 20 heures, en fin de semaine. Comme si je n'avais pas deux livres à lire et trois travaux à remettre pour la semaine prochaine. Les vendredis de l'Indépendance à l'Ostradamus. Les magasins ferment plus tard! Wow! Puis... Oh! Ostie! J'ai oublié! Le Voir sortait hier! Vite, je vais le lire!
«Le samedi, ils magasinent, avez-vous vu leur triste mine?» chantait Leloup. Samedi, pourtant, c'est joyeux. On va au cinéma, on se promène dans le Vieux Québec, on mange au restaurant... Et le soir, on fête! Il y a le hockey, aussi, c'est pas mal! Qu'on ne se plaigne pas...
Le dimanche. Ah! Ce sacré jour du Seigneur. On l'aime. La journée-bonbon, comme on dit à mon travail. Tout le monde est tranquille. On dort plus tard, on ne travaille pas. En fait, moi, je travaille, mais il n'y a presqu'aucun client: je suis payé pour jaser avec mes collègues. La messe, aussi. C'est tout ce que j'avais à dire sur la messe.
«Maudit que j'aime pas ça, les lundis!»
Ça ressort la semaine d'après, mais là, tu sais quoi dire à ce pessimiste chronique. La vie n'est pas si pire. On devrait faire avec les lundis, c'est 1/7 de notre vie quand même. Tu peux lui dire de ne pas voir que les mauvais côtés, qu'il y a un petit bout de plaisir dans chaque jour et que le truc pour être heureux, c'est de profiter du plaisir plutôt que de s'apitoyer sur les petits malheurs de la vie.
Alors voilà, la vie a du bon. Sur ce, bonne semaine, je vais faire l'épicerie (10% de rabais pour les étudiants le lundi!)...
602 mots
Image tirée du site http://www.vbfox.net/images/misc/garfield_040308.png
mercredi 14 octobre 2009
Quand on dit...
Bon, bon, bon!
J'imagine que c'est assez évident, mais ceci n'est PAS une chronique! (Il y en a une plus bas... juste comme ça!)
Ce sont des bouts de textes.
J'ai ici un groupe nominal plutôt farfelu:
«Les hautains habitants huppés happés par l'heure horrible qui les hante.»
Quel hasard, tout de même, tous ces H.
---
Le plaisir. Si un humain décide de continuer à vivre, c'est qu'il prévoit que le reste de sa vie contiendra plus de moments plaisants que de moments tristes ou que les moments joyeux seront tellement intenses qu'ils parviendront à équivaloir, voire surpasser, les moments malheureux.
"Mourir d'ennui."»
Un peu triste comme théorie...
---
«Je suis quelqu'un, ou personne, dépendamment du point de vue.
Je ne suis, par contre, personne.
Du verbe être, puis suivre.»
Bien pensé, ça!, dit-il avec une teinte d'ironie dans la voix. Le jeu de mot est très recherché, bravo!
---
«Moé, la viande, c'est ben trop mon amie pour que je la mange!»
-Le boucher végétarien.
Bien touchant témoignage!
---
...
Tout ça pour faire la promotion de l'incroyable blog qu'on peut visiter en cliquant sur Point final dans la liste des liens (ou ici-même...)!
Quelle bonne plug!
Bonsoir!
J'imagine que c'est assez évident, mais ceci n'est PAS une chronique! (Il y en a une plus bas... juste comme ça!)
Ce sont des bouts de textes.
J'ai ici un groupe nominal plutôt farfelu:
«Les hautains habitants huppés happés par l'heure horrible qui les hante.»
Quel hasard, tout de même, tous ces H.
---
Le plaisir. Si un humain décide de continuer à vivre, c'est qu'il prévoit que le reste de sa vie contiendra plus de moments plaisants que de moments tristes ou que les moments joyeux seront tellement intenses qu'ils parviendront à équivaloir, voire surpasser, les moments malheureux.
"Mourir d'ennui."»
Un peu triste comme théorie...
---
«Je suis quelqu'un, ou personne, dépendamment du point de vue.
Je ne suis, par contre, personne.
Du verbe être, puis suivre.»
Bien pensé, ça!, dit-il avec une teinte d'ironie dans la voix. Le jeu de mot est très recherché, bravo!
---
«Moé, la viande, c'est ben trop mon amie pour que je la mange!»
-Le boucher végétarien.
Bien touchant témoignage!
---
...
Tout ça pour faire la promotion de l'incroyable blog qu'on peut visiter en cliquant sur Point final dans la liste des liens (ou ici-même...)!
Quelle bonne plug!
Bonsoir!
mardi 13 octobre 2009
C'est de la triche! (Chronique)
J'étais chez un ami, l'autre soir, et nous discutions tranquillement autour d'une bière.
Il me demande ce que je veux écouter en me proposant un très grand éventail de musique téléchargée, dont plusieurs groupes que je ne connais pas -...encore.
«-Malheureusement, je ne possède pas encore d'album d'eux...
-Ah! C'est vrai, toi, tu achètes ta musique!»
Ça reste en suspens. En marchant vers chez nous, un peu plus tard, je réfléchis. Pourquoi ne télécharge-je pas de musique? Pourquoi Limewire n'a-t-il pas servi sur mon ordinateur depuis des années? Il est vrai que ça semble intéressant d'avoir une aussi vaste sélection de groupes et de chansons, de découvrir des formations en quelques clics, et ce tout à fait gratuitement. Pourtant, quelque chose me chicote. Je n'ai aucune envie de voler de la musique. Et quand un quelconque "pirate" me demande pourquoi, je ne sais pas. On me dit que j'enrichis bien plus la compagnie de disques que j'encourage l'artiste. On me lance que les musiciens sont déjà riches ou que ça ne vaut pas la peine de les graisser plus. On m'assure que lorsqu'il s'agit de groupes québécois, à ce moment-là, ils préfèrent payer. D'accord...
Mais ce n'est même pas la question. J'ai cru longtemps que j'achetais la musique pour encourager les artisans du son, mais ce n'est qu'un effet secondaire. En fait, payer pour la musique, c'est faire durer le plaisir. C'est profiter de chaque chanson et de chaque album comme il se doit. Acheter un album, c'est un genre de rituel initiatique. Tu commences par te faire parler d'un groupe et de ses classiques, tu en écoutes un peu chez tes amis, sur le site internet du groupe ou tu vois une performance en spectacle d'un de leur chefs-d'oeuvre sur Youtube. Tu accroches. Tu prends 20 dollars, et tu files chez le disquaire. En revenant, dans l'autobus, tu débales lentement, mais sûrement, l'opus que tu viens de te procurer. Tu lis patiemment le feuillet à l'intérieur, regardes les images et l'oeuvre plastique réalisée par le graphiste du groupe. Fébrilité. Hâte. Arrivé chez toi, tu insères le disque dans le lecteur; il s'agit de son baptême, de son initiation. Ton baptême, ton initiation. Tu peux même pousser l'expérience plus loin et aller lire sur le net une description ou une critique de l'album, tout en l'écoutant. Tu t'y immerges. Tu portes attention à chaque note de chaque chanson, tu vérifies le nom de l'excellente piste que tu écoutes et que tu réécouteras bientôt. Tu sais maintenant que ton album est bon. Tu sais quelle partie du disque tu veux faire connaître à ton frère ou à ton meilleur ami. Tu connais le CD au complet, son histoire, son but, son concept, son son, etc. Tu en as profité au maximum. Tu as obtenu le plus de bonheur possible avec cette musique. Et ça ne fait que commencer, car tu es prêt à le réentendre n'importe quand. Tu as hâte.
***
À la place, je pourrais télécharger la discographie du groupe. Paf. D'un coup. J'ai tout. Tout, mais pas les pochettes, les livrets, les disques, le discaire, le trajet d'autobus, le baptême. Et je ne pourrai pas écouter tout d'un coup. Voire pas tout écouter du tout. Je vais essayer une chanson ici et là, aimer, mais sans m'immerger complètement. Je vais me lasser avant longtemps, découragé par la tâche titanesque que constiste l'écoute de la discographie complète. Et je vais sauter à un autre groupe. Je ne saurai pas quelle est ma chanson préférée dans tel ou tel album.
Posséder l'oeuvre complète d'un groupe de musique qu'on aime, c'est un idéal, un but. Et le plus plaisant, c'est le chemin pour l'atteindre. C'est un peu comme un jeu vidéo: une fois terminé, tu t'en lasses vite. Et comme dans le jeu vidéo, les gens peuvent tricher pour arriver plus vite à la fin.
643 mots
Il me demande ce que je veux écouter en me proposant un très grand éventail de musique téléchargée, dont plusieurs groupes que je ne connais pas -...encore.
«-Malheureusement, je ne possède pas encore d'album d'eux...
-Ah! C'est vrai, toi, tu achètes ta musique!»
Ça reste en suspens. En marchant vers chez nous, un peu plus tard, je réfléchis. Pourquoi ne télécharge-je pas de musique? Pourquoi Limewire n'a-t-il pas servi sur mon ordinateur depuis des années? Il est vrai que ça semble intéressant d'avoir une aussi vaste sélection de groupes et de chansons, de découvrir des formations en quelques clics, et ce tout à fait gratuitement. Pourtant, quelque chose me chicote. Je n'ai aucune envie de voler de la musique. Et quand un quelconque "pirate" me demande pourquoi, je ne sais pas. On me dit que j'enrichis bien plus la compagnie de disques que j'encourage l'artiste. On me lance que les musiciens sont déjà riches ou que ça ne vaut pas la peine de les graisser plus. On m'assure que lorsqu'il s'agit de groupes québécois, à ce moment-là, ils préfèrent payer. D'accord...
Mais ce n'est même pas la question. J'ai cru longtemps que j'achetais la musique pour encourager les artisans du son, mais ce n'est qu'un effet secondaire. En fait, payer pour la musique, c'est faire durer le plaisir. C'est profiter de chaque chanson et de chaque album comme il se doit. Acheter un album, c'est un genre de rituel initiatique. Tu commences par te faire parler d'un groupe et de ses classiques, tu en écoutes un peu chez tes amis, sur le site internet du groupe ou tu vois une performance en spectacle d'un de leur chefs-d'oeuvre sur Youtube. Tu accroches. Tu prends 20 dollars, et tu files chez le disquaire. En revenant, dans l'autobus, tu débales lentement, mais sûrement, l'opus que tu viens de te procurer. Tu lis patiemment le feuillet à l'intérieur, regardes les images et l'oeuvre plastique réalisée par le graphiste du groupe. Fébrilité. Hâte. Arrivé chez toi, tu insères le disque dans le lecteur; il s'agit de son baptême, de son initiation. Ton baptême, ton initiation. Tu peux même pousser l'expérience plus loin et aller lire sur le net une description ou une critique de l'album, tout en l'écoutant. Tu t'y immerges. Tu portes attention à chaque note de chaque chanson, tu vérifies le nom de l'excellente piste que tu écoutes et que tu réécouteras bientôt. Tu sais maintenant que ton album est bon. Tu sais quelle partie du disque tu veux faire connaître à ton frère ou à ton meilleur ami. Tu connais le CD au complet, son histoire, son but, son concept, son son, etc. Tu en as profité au maximum. Tu as obtenu le plus de bonheur possible avec cette musique. Et ça ne fait que commencer, car tu es prêt à le réentendre n'importe quand. Tu as hâte.
***
À la place, je pourrais télécharger la discographie du groupe. Paf. D'un coup. J'ai tout. Tout, mais pas les pochettes, les livrets, les disques, le discaire, le trajet d'autobus, le baptême. Et je ne pourrai pas écouter tout d'un coup. Voire pas tout écouter du tout. Je vais essayer une chanson ici et là, aimer, mais sans m'immerger complètement. Je vais me lasser avant longtemps, découragé par la tâche titanesque que constiste l'écoute de la discographie complète. Et je vais sauter à un autre groupe. Je ne saurai pas quelle est ma chanson préférée dans tel ou tel album.
Posséder l'oeuvre complète d'un groupe de musique qu'on aime, c'est un idéal, un but. Et le plus plaisant, c'est le chemin pour l'atteindre. C'est un peu comme un jeu vidéo: une fois terminé, tu t'en lasses vite. Et comme dans le jeu vidéo, les gens peuvent tricher pour arriver plus vite à la fin.
643 mots
jeudi 8 octobre 2009
Prologue
Ce blogue est un travail scolaire. Voyeurs pervers, commentateurs mesquins et autres chercheurs d'embrouilles: passez votre chemin.
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